Depuis quelques années, il nous arrive régulièrement de grimper ensemble, Hadrien et moi. Aspirant guide, toujours partant pour une belle course, c’est avec lui que nous partons à l’assaut de la face Sud du pic d’Estos, une paroi de 550 mètres de dénivellation, massive et par endroits surplombante, discrète car tournée vers un vallon sauvage que peu d’alpinistes fréquentent.






Approche par la Coume d'Estos

L’approche débute à la centrale électrique de Pont de Prat, au-dessus de Loudenvielle, en vallée du Louron. Le sentier file vers le port de la Pez, passe rive gauche, puis atteint le petit plateau de la cabane Jean Forgues, d’où le pic d’Estos apparaît déjà au nord. Un vague sentier remonte ensuite la Coume d’Estos, défendue par quelques ressauts, jusqu’à des pentes d’herbe et d’éboulis qui mènent au pied de la muraille, normalement en deux bonnes heures et demie (nous avons mouillé le tee-shirt: 1h30).


L'escalade de la Face Sud

La paroi se présente comme un immense bouclier de dalles compactes, avec un grand gendarme rouge bien visible dans sa partie haute. Nous engageons l’escalade par le flanc droit d’un des éperons de la base, sur une trentaine de mètres en II-III, avant qu’une cheminée herbeuse très raide (III sup.) ne nous mène à un système de dièdres. La paroi se redresse alors franchement, jusqu’à la verticale, parfois au-delà, et chaque pas réclame une attention constante tant les relais restent précaires et la qualité du rocher variable.

Nous poursuivons en enchaînant dalles et ressauts surplombants, dans un louvoiement permanent entre les faiblesses de la muraille, avec plusieurs longueurs soutenues en V et quelques passages plus engagés. Le soleil tape fort sur ce rocher exposé plein sud, sans un pouce d’ombre. Après une cheminée en V puis IV qui débouche sur des rochers rouges caractéristiques, l’itinéraire vire à l’horizontale à deux reprises avant de rejoindre une arête escarpée qui file, en II et III, jusqu’au sommet à 2803 mètres.


Descente par l'arête Ouest

La descente se fait par l’arête Ouest du pic d’Estos jusqu’à un col qui la sépare de la crête des Parraouis, puis facilement vers le vallon d’Estos. Une grande journée d’escalade, exigeante et peu parcourue, entre deux copains de cordée.

Au sommet, en rangeant la corde, Hadrien a résumé la journée d’une phrase : « Il n’y a qu’avec toi que je fais des voies comme ça, la dernière fois c’était la face Nord de la Forcanada. » Une confidence qui en dit long sur ce qui se joue vraiment dans ces grandes voies engagées et peu parcourues: au-delà du geste technique et de l’ambiance minérale, c’est une confiance mutuelle qui se construit course après course. La face Sud du pic d’Estos restera comme un nouveau chapitre de cette complicité de montagne, née il y a quelques années et qui continuera, à condition de trouver de “nouveaux chantier” nous menant sur les plus belles parois des Pyrénées.