Arête Maupas – Crabioules
20 août 2026
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Forcanada par la voie Normale

Reflet de la Forcanada dans le Lac du Tòro
Massif de la Maladeta depuis le sommet
Progression aux anneaux
 

Accès

La montée débute au fond de la vallée du Lys… non, cette fois direction l’Espagne. Peu avant le tunnel de Vielha, nous quittons la route pour nous engager sur la piste qui remonte la rive gauche de la vallée du Riu Nere. Le véhicule nous porte jusqu’aux granges, autour de 1420-1500 mètres selon l’état de la piste, avant de continuer à pied.


Le lac deth Hòro

Le sentier s’enfonce d’abord dans une belle forêt, formant par endroits de véritables tunnels de verdure, puis débouche sur de grandes pentes d’éboulis, où il ne faut pas se laisser décourager par leur ampleur. Un bon sentier nous conduit alors jusqu’au lac deth Hòro, où la Forcanada nous apparaît soudainement, se reflétant dans les eaux calmes du lac : l’un des plus beaux moments de la course.


L'ascension finale

La suite se corse: depuis le lac, l’accès au sommet se fait par une pente raide et soutenue, sur une montagne calcaire à l’architecture singulière, en périphérie du massif granitique de l’Aneto. Les derniers mètres demandent de l’attention, dans un terrain plus exposé, jusqu’à la pointe Tonnellé à 2881 mètres.

Le panorama récompense largement l’effort : très proche de celui du Mulleres, il offre des vues plongeantes sur les vallons oubliés du secteur, avec la masse de la Maladeta et de l’Aneto en toile de fond. La descente reprend le même itinéraire, par le lac deth Hòro puis les pentes forestières, jusqu’aux granges de la vallée du Riu Nere.

UN PEU D’HISTOIRE

En 1858, un jeune Tourangeau nommé Alfred Tonnellé passe l’été à Luchon, invité par des amis de sa famille. La lumière et les couleurs pyrénéennes le saisissent immédiatement, et il se prend d’une passion dévorante pour la montagne. Après avoir gravi l’Aneto en juillet, sa 34ᵉ ascension officielle, son regard est happé par un sommet aigu, à double pointe, encore invaincu: la Forcanada. Il confiera dans son journal : « Si c’était une jeune fille, je crois que j’en deviendrais amoureux ».

Les 31 juillet et 1er août 1858, accompagné des guides luchonnais Ribis et Redonnet dit « Nate », il en réalise la toute première ascension, depuis la vallée de l’Esera et le forau de Aigualluts. Son prénom reste gravé dans la géographie du massif : le col Alfred à 2839 mètres et la pointe Tonnellé 2881 mètres, portent encore aujourd’hui son nom et Prénom.

Tonnellé ne profitera pourtant guère de cette victoire. Poursuivant son périple à travers les Pyrénées, notant chaque jour ses impressions dans ses carnets, il rentre épuisé à Tours en septembre et meurt de la fièvre typhoïde le 14 octobre 1858, à seulement 27 ans. Ses notes seront publiées après sa mort par son ami Heinrich, sous le titre “Trois mois dans les Pyrénées et dans le Midi en 1858”, devenu depuis un classique du pyrénéisme. Cette destinée d’étoile filante a fait de la Forcanada bien plus qu’un sommet : une montagne romantique, à jamais liée au souvenir de son premier ascensionniste.