Aneto depuis l’hospice de France, par la voie Normale

Lacs du Boum
Refuge de la Rencluse
 
Descente du port de Vénasque, la Forcanada au font à gauche

Jour 1 — De l’Hospice de France à la Rencluse

Départ au petit matin depuis l’Hospice de France. L’air est encore frais, la vallée dort, et le sentier s’élève doucement à la sortie de la forêt avant de gagner de l’altitude. Première étape : le refuge de Venasque, où nous marquons une pause bien méritée, le temps de reprendre son souffle et de profiter de la vue qui commence déjà à s’ouvrir sur les sommets frontaliers.
La montée continue jusqu’au port de Venasque, où nous nous arrêtons pique-niquer, portés par le vent qui souffle depuis l’Espagne et par le panorama qui se déploie de part et d’autre de la frontière. La descente qui suit nous mène au lac de Villamuerta, halte rafraîchissante s’il en est : les pieds dans l’eau glacée, on oublie un instant la fatigue des jambes et on savoure ce moment suspendu, face au massif de la Maladeta. Puis il faut remonter, cette fois vers le refuge de la Rencluse, où nous dînerons et passerons la nuit avant l’assaut du sommet.

Début de l'ascension
Col Coronas

Jour 2 — L’ascension du sommet

Réveil aux aurores : départ du refuge de la Rencluse à quatre heures trente, sous un ciel encore étoilé. Nous montons par le portillon supérieur, dans le silence particulier de ces heures où la montagne appartient encore à ceux qui savent se lever tôt.
Vient ensuite la traversée du glacier de l’Aneto, crampons aux pieds dans la lumière naissante du jour. La pente de neige et de glace, encore dure à cette heure, nous mène jusqu’au pied de l’ultime obstacle : le pont de Mahomet, cette arête rocheuse effilée qui domine le vide de part et d’autre et qu’il faut franchir pas après pas, pour rejoindre enfin le sommet.
Arrivés au sommet, nous avons la chance rare d’y être seuls pendant vingt minutes. Un moment de pur privilège, à 3 404 mètres, loin de l’agitation qui envahit habituellement le toit des Pyrénées.
Pour la descente, nous choisissons un autre itinéraire, plus sauvage : le lac de Saltério, le Trou du Toro (cette curiosité géologique où les eaux s’engouffrent sous terre pour ressurgir bien plus bas, versant Nord), puis nous passons le port de la Picade et redescendons par la vallée de la Frèche, avant de retrouver, enfin, l’Hospice de France et de boucler la boucle.
Pont de Mahomet
 
Trou du Toro

Pour ma 130° ascension du Nethou, nom français de l’Aneto, mon regard de guide se porte autant sur le terrain que sur l’histoire qu’il à façonné. Suivant la voie ouverte en 1842 par Tchihatcheff et ses guides Jean Sors, Bernard Arrazau et Pierre Redonnet dit « Nate » , qui vaincurent la peur du glacier après la mort du guide Pierre Barrau. Le tracé — Rencluse, glacier, pont de Mahomet — est resté la voie normale, mais le glacier lui-même a fondu de plus des deux tiers depuis le petit âge glaciaire. Une ascension qui relie l’histoire du pyrénéisme à la lecture, saison après saison, d’un terrain en perpétuel changement.